Origines de la Pharmacie Centrale des Armées : le Magasin Général des Médicaments à l'Ecole Militaire

A la suite de la bataille de Valmy le 20 septembre 1792 et à la demande de Bayen et de Parmentier, de créer un magasin général des médicaments il s'agit de centraliser le stockage et la fabrication des médicaments en grande quantité pour approvisionner les hôpitaux militaires et les ambulances des troupes en campagne.

Maurice Bouvet décrit dans le dossier de charles-François Guillemain (voir bibliographie) un rapport du conseil de santé du 24 août 1793 sur "l'organisation du Service du Magasin principal des médicaments, qui va être établi à Paris, pour l'approvisionnement des hôpitaux des Armées de la République. Il est dit dans ce rapport que des drogues tirées de Marseille et d'autres places de commerce sont arrivées dans les magasins de Saint-Denis et vont être transférées dans la partie du bâtiment de l'Ecole Militaire où était établie la pharmacie de cette maison".

Pharmentier qui a été proposé pour veiller à l'organisation du magasin décline la proposition, très occupé comme membre du Conseil de Santé. Comme membre de ce Conseil "il veillera à la conservation des drogues de ce magasin et surveillera les diverses opérations que l'on fera dans le laboratoire".

Il est prévu des apothicaires qui "devront s'occuper sous la surveillance du Conseil de santé , de la préparation des des médicaments composés, de la division des drogues simples ou composées, pour être expédiées suivant les demandes, ainsi que la formation de divisions complètes de pharmacies".

On devra y mélanger les médicaments en présence de pharmaciens, sous la surveillance du Conseil de Santé, ce qui implique un laboratoire organisé. il est prévu de plus un commis pour les écritures, et des personnes de force comme "pileurs emballeurs".

Comme prévu le règlement des hôpitaux militaires, les médicaments sont expédiés dans des caisses de bois et en barriques d'où la présence d'un menuisier-tonneleir pour les grands volumes de liquide.

il semble que plusieurs pharmaciens se succèdent ou vont diriger ensemble au début du second semestre 1793 le magasin lors de à sa création ce qui peut créer des confusions entre les dates de leur nomination officielle et celle de leur arrivée effective au magasin.

Ainsi, Charles-François Guillemain est nommé alors qu'il a 29 ans, le 24 août 1793 par le Conseil de santé où siège Pelletier, Parmentier, Bayen, Heurteloup, etc Un pharmacien de 3ème classe Lasserre est déjà sur place.. qui serait le premier pharmacien à diriger ce magasin général comme aide-major principal, Il est chargé de la comptabilité des services il était alors aide-major de l'Armée de Réserve affecté à l'hôpital militaire de Laon avec un traitement de 300 livres par mois. Charles-François Guillemain né à Vezoul le 5 mars 1764 reste en fonction jusqu'au 23 septembre 1793.

Autre figure marquant le début du magasin général des médicaments Pierre-Joseph Malatret neveu de Bayen. Il débute sa carrière militaire en étant appelé par l'administration des hôpitaux militaires le 2 juillet 1793 pour créer et diriger le Magasin général des pharmacies de Paris.

Si Pierre-Joseph Malatret est nommé le 2 juillet 1793 ses états de service partent du 19 août où il est admis par le Conseil de Santé "après examen" pour être employé en qualité d'Officier de Santé dans les hôpitaux militaires. Il est confirmé dans cette affectation et il est nommé pharmacien sous-aide le 29 août 1793 par Gautier adjoint au Ministère de la Guerre.

Arrive alors Jérôme Dizé comme aide-major principal alors qu'il était alors sous-aide à Saint-Denis, avec un traitement de 250 livres. En fait Dizé qui est nommé le 17 juin puis le 24 août semble resté à Saint-Denis (pharmacie de Sainte-Marie) et il serait nommé aide-major principal remplaçant Guillemain le 24 septembre 1793; Il est m^ème donné toujours à Saint-Denis à la date du 4 octobre 1793. Ce serait donc pas Dizé qui est le premier pharmacien militaire à diriger le magasin des médicaments mais bien Guillemain (Maurice Bouvet)..

Guillemain passe à l'Armée de l'Ouest dont il devient le pharmacien-chef le 13 janvier 1796. Dans cette époque troublée, comme à l'habitude, les personnes de valeur bénéficient d'un avancement rapide même jeunes

Dans le document signé par le Conseil de santé, Antoine Lasserre né à Saint-Esprit le 13 août 1764 est nommé le 29 août 1793 comme sous-aide avec pour mission de "surveiller le dépôt principal".

Le 23 janvier 1794 (4 pluviose an 2) Malatret est chargé de la direction de la pharmacie centrale par la commission ministérielle. il reste sous-aide jusqu'au 23 janvier 1794 puis comme aide-major de cette date jusqu'au 11 octobre 1795.

Les retards dans les prises de fonctions par rapport aux affectations des différents pharmaciens car les locaux n'étaient pas aménagés pour recevoir les installations prévues. Ainsi l'adjoint au Ministère de la Guerre précise le 20 août 1793 que la Pharmacie centrale sera installée dans la partie de L'Ecole Militaire appelée le réfectoire et que des travaux nécessaires seront entrepris pour mettre les locaux en état.

Jérome Dizé (1764-1852) est un chimiste de renom, élève de Darcet dont il fut le préparateur au Collège de France. Il est l'inventeur avec Leblanc de la soude artificielle produite dans des ateliers à Saint-Denis même si c'est le nom de Leblanc qui a eu la postérité pour cette invention qui s'est arrogée.

En septembre 1795 Dizé est pharmacien major à l'armée du Nord. Il est nommé les 4 novembre 1795 comme pharmacien major de 1ère classe chargé en chef du service de l'établissement qui a pris le nom de "magasin général des médicaments et du laboratoire des pharmacies".

En 1795, Malatret rejoint l'Armée du Nord comme Dizé puis il revient à Paris où il est nommé pharmacien chef adjoint au Magasin général de 1796 à 1802.

En 1796, le conseil de santé avait été saisi par les pharmaciens Dizé et Malatret d'une demande de reclassement du Magasin général. Dans ses conclusions il reconnaissait les capacités d'organisateur de Dizé "chargé de toutes les compositions en grand" et le proposait pour le grade de pharmacien en chef ce qui sera validé peu après le 18 août 1796, tandis que Malatret "dont les fonctions sont principalement relatives à la comptabilité du magasin" était proposé comme "adjoint". Ce dernier semble avoir accepté cette nouvelle hiérarchie dans l'établissement comme en témoigne les liens qui l'unissait à Dizé et leur activité commune.

Dans le Journal des Pharmaciens de Paris il était écrit en 1797 ;"le citoyen Dizé, placé à la tête d'un des plus magnifiques établissements de pharmacie qui ait existé à Paris, destiné à fournir les médicaments chimiques aux hôpitaux de la République, a porté dans cet établissement les lumières d'un habile chimiste, en même temps que les soins, attention, ordre sévère d'un administrateur zélé".

Dizé présente à différentes sociétés les résultats de ses recherches pour le bien du service : rectification de l'ether sulfurique, cristallisation et propriétés de l'acide citrique. Le décès de son maître Darcet en 1801 l'affecte très cruellement.

Dizé est licencié des cadres de l'armée par l'ordre ministériel de cessation d'activité au Magasin central des médicaments en date du 5 février 1802. Il sera membre de l'Académie de Médecine en 1823. Il assistera en 1845 au transfert du magasin général dans l'ancien potager des Invalides.

L'arrêté de 1800 stipule "qu'il y aura à Paris un laboratoire et un magasin de médicaments dont l'approvisionnement doit être fait dans les proportions des besoins estimé sur un an. Les achats de drogues simples fait dans le commerce privé seront sous le contrôle d'experts nommés par les commissaires des guerres. Les hôpitaux d'instruction qui disposent d'un dépôt de médicaments simples et composés pour l'approvisionnement des pharmacies des hôpitaux permanents, temporaires ou ambulants de la division. Les hôpitaux d'instruction devront préparer les compositions galénique et chimiques figurant au formulaire qui ne seront pas disponibles dans le magasin central parisien.".

En 1796, le conseil de santé est saisi par les pharmaciens Dizé et Malatret d'une demande de reclassement du Magasin général. Dans ses conclusions il reconnaissait les capacités d'organisateur de Dizé "chargé de toutes les compositions en grand" et le proposait pour le grade de pharmacien en chef ce qui sera validé peu après, le 18 août 1796, tandis que Malatret "dont les fonctions sont principalement relatives à la comptabilité du magasin" était proposé comme "adjoint". Malatret semble avoir bien accepté cette nouvelle hiérarchie dans l'établissement de ravitaillement comme peuvent en témoigner les liens qui l'unissaient à Dizé et leurs activités communes.Dizé est licencié des cadres de l'armée par l'ordre ministériel de cessation d'activité au Magasin central des médicaments en date du 5 février 1802, c'est ainsi qu'en 1802, Malatret prend la direction de ce magasin ainsi que du laboratoire de la pharmacie de l'Ecole Militaire jusqu'en 1805. En 1805 il rejoint l'Armée d'Italie en tant que pharmacien chef. A ce titre Malatret reçoit la croix de la Réunion en avril 1812.

En 1803 le magasin est dirigé par deux pharmaciens assistés de onze subalternes, garçons de magasins, quatre pileurs, un portier et un menuisier-tonnelier. La présence de pileurs atteste la part importante du broyage des principes actifs bruts tels que écorces, bois, minéraux, etc. et l'absence probable de moyen mécaniques pour le broyage.

En 1804, on assiste à une diminution des effectifs du magasin puis en 1807 l'équipe est renforcée avec six personnes au total dont deux pharmaciens de 1ère classe rémunérés 2500 francs et trois ouvriers rémunérés 1000 francs.

On peut s'étonner du faible nombre en personnel de ce magasin vu l'ampleur de la tache, l'approvisionnement des hôpitaux militaires et des ambulances. La lettre de son règlement à l'origine était plus généreuse " pour doter la pharmacie centrale d'un nombre suffisant de pharmaciens de différents grades habitués à effectuer en grand les opérations pharmaceutiques et les expéditions" .

Le magasin devait tenir à disposition plusieurs divisions et subdivisions de pharmacie prêtes à suivre en campagne. Des dépôts secondaires pouvaient exister à la suite de chaque armée..

Localisations ultérieures de la Pharmacie centrale ;

Le magasin serait transféré de l'Ecole militaire dans la chapelle du Val-de-Grâce en 1809 dans l'ex-abbaye royale fermée en 1790 par la Révolution qui s'appelait alors "maison nationale du Val-de-Grâce" attribuée en 1793 au ministère de la guerre puis transplanté à l'hôpital du Gros-Caillou en 1795.

Ministère de la guerre Paris VII. de 1809-1814. Implanté dans l'Hôtel Saint joseph

Rue du Cherche-midi Paris VI installée une maison louée pour elle sera occupée ultérieurement par la Justice. 1814-1844.

Rue de l'Université n°160 Paris VII. Dans un bâtiment construit spécialement pour la pharmacie sur l'emplacement de l"entrepôt du Gros-Caillou". (1844-1903 )

Invalides Paris VII 1903-1931. Dans un bâtiment neuf spécialement construit spécialement sur l'emplacement du Jardin de l'ancien Gouverneur des Invalides. Des services annexes de la pharmacie centrale sont implantés au Fort de Vanves désaffecté.

Fort de Vanves Malakoff 15 ami 1931-1940. Les locaux de l'avenue de Tourville se révélant insuffisants, la pharmacie Centrale est transférée à partir de 1930 sur le Fort de Vanves. la pharmacie occupe 11 casemates dans la partie sud du fort ainsi que dans des bâtiments construits postérieurement.

A partir de 1971 camp de Chanteau-La Foulonnerie Orléans. Ex camp américain après la seconde guerre mondiale..

Bibliographie :

Maurice Bouvet. Guillemain, premier directeur du magasin principal des médicaments de l 'armée. Revue histoire de la pharmacie. 1951. 39 ème année, n°131, 272-3.

Gérébart F. le premier pharmacien-chef de la Pharmacie centrale de l'armée, Jérome Dizé. Revue histoire de la pharmacie. 1949, 37 ème année, n°123, 422-7.

Rouquette. Jérôme Dizé, pharmacien en chef du premier Magasin général des pharmacies. Revue histoire de la pharmacie. 1965, 56 ème année, N°186, 411-8.